Le cœur de la responsabilité en gériatrie

Consentement du patient âgé : qui décide, et qui répond ?

Un discernement altéré n’efface pas la volonté. La loi impose de chercher d’abord le consentement du patient, même sous tutelle, et de tracer chaque étape.

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Le principe

Le consentement se cherche d’abord auprès du patient lui-même

C’est la règle la plus souvent oubliée : ni la famille ni le tuteur ne remplacent d’office une personne âgée au discernement fluctuant.

Réponse directe

Oui : l’altération du discernement ne supprime pas le consentement

Selon l’article L.1111-4 CSP, « toute personne prend, avec le professionnel de santé […], les décisions concernant sa santé » et « aucun acte médical ni aucun traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de la personne ».

Le discernement s’apprécie acte par acte et moment par moment. Un patient qui ne peut plus gérer son patrimoine peut consentir à une prise de sang. La question n’est pas « est-il capable ? », mais « comprend-il cette décision-ci, aujourd’hui ? ».

Code de la santé publique

Article L.1111-4 : le majeur protégé

« Le consentement […] de la personne majeure faisant l’objet d’une mesure de protection juridique avec représentation relative à la personne doit être obtenu si elle est apte à exprimer sa volonté, au besoin avec l’assistance de la personne chargée de sa protection. »

Deux mots comptent. Le texte ne dit plus « majeur sous tutelle » depuis la loi du 23 mars 2019 : il vise la mesure avec représentation relative à la personne. Et le verbe est « doit être obtenu », pas « recherché ».

Code civil

Article 459 : la personne protégée décide seule tant qu’elle le peut

« La personne protégée prend seule les décisions relatives à sa personne dans la mesure où son état le permet. »

Ce n’est que si son état ne lui permet pas une décision personnelle éclairée que le juge ou le conseil de famille prévoit une assistance, puis, si elle ne suffit pas, une représentation, y compris pour les actes portant gravement atteinte à son intégrité corporelle.

L’erreur la plus fréquente, et la plus coûteuse.

« Il est sous tutelle, donc c’est le tuteur qui signe. » C’est faux. Une mesure de protection organise une assistance ou une représentation, dans un périmètre fixé par le juge ; elle ne retire pas d’office le droit de consentir.

L’erreur inverse, « la famille a dit oui », est aussi risquée : un proche qui n’est ni personne de confiance ni protecteur n’a aucun pouvoir de décision. Dans les deux cas, c’est l’absence de recherche du consentement du patient, ou de sa trace au dossier, qui fonde la mise en cause.

Protection juridique

Tutelle, curatelle, habilitation familiale : qui fait quoi

Ces mesures n’ont pas les mêmes effets sur les soins, et aucune ne transfère d’office le consentement médical.

Le désaccord entre le patient protégé et son protecteur

L’article 459 tranche : « Sauf urgence, en cas de désaccord entre le majeur protégé et la personne chargée de sa protection, le juge autorise l’un ou l’autre à prendre la décision, à leur requête ou d’office. » Le médecin n’arbitre pas ce conflit : il le documente, indique la voie à suivre et, hors urgence, ne passe pas outre.

Quand l’autorisation du juge est nécessaire

L’article 459 du code civil prévoit deux cas. La représentation pour un acte portant gravement atteinte à l’intégrité corporelle doit avoir été autorisée en amont par le juge ou le conseil de famille.

Et, « sauf urgence », le protecteur ne peut, sans cette autorisation, prendre une décision portant gravement atteinte à l’intimité de la vie privée de la personne protégée. Des fiches de formation citent encore une rédaction qui mêle les deux au même alinéa : elle est périmée depuis la loi du 23 mars 2019.

L’alinéa suivant sert directement en gériatrie : le protecteur « peut prendre à l’égard de celui-ci les mesures de protection strictement nécessaires pour mettre fin au danger que son propre comportement ferait courir à l’intéressé. Elle en informe sans délai le juge. »

C’est le fondement civil de situations comme la déambulation à risque ou un refus de soins dangereux. Ce n’est pas, pour autant, une autorisation médicale de contention.

Personne de confiance

La personne de confiance : ce qu’elle peut, ce qu’elle ne peut pas

C’est le dispositif le plus mal compris. La personne de confiance ne décide pas à la place du patient : elle rapporte ce qu’il aurait voulu.

✓ Ce que la personne de confiance peut faire

  • ✓Être consultée quand le patient est hors d’état d’exprimer sa volonté
  • ✓Rendre compte de ce que le patient aurait voulu : son témoignage prime sur tout autre
  • ✓Accompagner le patient dans ses démarches et assister aux entretiens médicaux
  • ✓Être désignée par un majeur sous mesure de protection avec représentation, avec l’autorisation du juge ou du conseil de famille

✕ Ce qu’elle ne peut pas faire

  • ✕Décider à la place du patient : elle témoigne, elle ne consent pas
  • ✕Recevoir l’information médicale contre la volonté du patient conscient
  • ✕Primer sur les directives anticipées, qui s’imposent au médecin
  • ✕Être présumée : sans désignation écrite et cosignée, il n’y a pas de personne de confiance
Code de la santé publique

Article L.1111-6 : la personne de confiance

« Toute personne majeure peut désigner une personne de confiance qui peut être un parent, un proche ou le médecin traitant et qui sera consultée au cas où elle-même serait hors d’état d’exprimer sa volonté […]. La personne de confiance rend compte de la volonté de la personne. Son témoignage prévaut sur tout autre témoignage. »

« La désignation est faite par écrit et cosignée par la personne désignée. Elle est valable sans limitation de durée, à moins que la personne majeure ou la personne de confiance n’en disposent autrement. Elle est révisable et révocable à tout moment. »

Le majeur protégé peut désigner une personne de confiance.

On lit parfois qu’un majeur sous tutelle ne peut pas désigner de personne de confiance : c’est faux. Le texte le permet expressément, avec l’autorisation du juge ou du conseil de famille. Si la désignation précède la mesure, le juge ou le conseil de famille peut la confirmer ou la révoquer.

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Directives anticipées

Les directives anticipées s’imposent au médecin

Depuis la loi du 2 février 2016, les directives anticipées ne sont plus un simple avis. Elles s’imposent, avec deux exceptions strictement encadrées.

L’article L.1111-11 CSP permet à toute personne majeure de rédiger des directives anticipées « pour le cas où elle serait un jour hors d’état d’exprimer sa volonté ». Elles s’imposent au médecin pour toute décision d’investigation, d’intervention ou de traitement.

Elles sont révisables et révocables à tout moment et par tout moyen. La limite de trois ans a été supprimée en 2016 : elles n’ont plus de date de péremption.

La chaîne de décision, dans l’ordre imposé par la loi
  1. 1 Le patient lui-même

    Consentement recherché et obtenu s’il est apte à exprimer sa volonté (L.1111-4 CSP, art. 459 c. civ.)

  2. 2 Les directives anticipées

    Si le patient est hors d’état de s’exprimer : elles s’imposent au médecin (L.1111-11 CSP)

  3. 3 La personne de confiance

    À défaut de directives : son témoignage sur la volonté du patient prévaut sur tout autre (L.1111-6 CSP)

  4. 4 La famille, à défaut les proches

    Consultés en l’absence de personne de confiance : leur avis éclaire, il ne décide pas

  5. 5 La procédure collégiale

    Obligatoire pour limiter ou arrêter un traitement chez un patient hors d’état de s’exprimer (R.4127-37-2 CSP)

Code de la santé publique

Les deux seules exceptions au caractère contraignant

1. L’urgence vitale. Selon l’article R.4127-37-1 CSP, « en cas d’urgence vitale, l’application des directives anticipées ne s’impose pas pendant le temps nécessaire à l’évaluation complète de la situation médicale ».

2. Des directives manifestement inappropriées ou non conformes à la situation médicale. Le refus de les appliquer passe par la procédure collégiale : avis de l’équipe de soins et d’au moins un médecin consultant sans lien hiérarchique.

La décision est inscrite au dossier médical et portée à la connaissance de la personne de confiance, de la famille ou des proches.

Ne confondez pas les trois procédures collégiales.

Trois articles distincts, souvent cités l’un pour l’autre : R.4127-37-1 pour refuser d’appliquer des directives anticipées ; R.4127-37-2 pour limiter ou arrêter un traitement ; R.4127-37-3 pour la sédation profonde et continue jusqu’au décès.

Pour le majeur protégé, L.1111-11 renvoie à l’article 458 du code civil (actes strictement personnels), pas à l’article 459.

Traçabilité

Ce qui vous défend : la trace de la démarche

En expertise, l’absence d’écrit vaut présomption d’absence de démarche. Cette règle non écrite décide la plupart des dossiers en gériatrie.

  1. 1
    Noter l’aptitude constatée

    Pas « patient dément », mais ce que vous avez constaté : il comprend l’objet de l’acte, en restitue l’enjeu, exprime un choix constant. L’aptitude s’apprécie pour cet acte et à ce moment.

  2. 2
    Écrire l’information délivrée

    Objet, bénéfices attendus, risques fréquents ou graves, alternatives, conséquences d’un refus. En des termes adaptés à la personne, et le noter.

  3. 3
    Rechercher les directives anticipées

    Et écrire que vous les avez recherchées, même sans résultat. Elles peuvent figurer au dossier médical partagé ou dans Mon espace santé.

  4. 4
    Identifier la personne de confiance

    Sa désignation est écrite et cosignée. Notez son identité, la date de désignation et ce qu’elle rapporte de la volonté du patient.

  5. 5
    Vérifier la mesure de protection

    Sa nature, son étendue relative à la personne, l’identité du protecteur. Une mesure limitée aux biens n’a aucun effet sur les soins.

  6. 6
    Tracer la décision et sa réévaluation

    Ce que vous avez décidé, pourquoi, quelles alternatives ont été écartées et pour quel motif, et quand la décision sera réexaminée.

Le point de vue de l’expert

Une décision contestée est rarement jugée sur son seul bien-fondé scientifique. Elle est jugée sur la démarche : avez-vous cherché la volonté du patient, aux bons endroits, dans le bon ordre, et l’avez-vous écrit ?

Un dossier qui montre une recherche de consentement, une personne de confiance consultée et une décision motivée se défend bien. Un dossier muet ne se défend pas, même si la décision était la bonne.

Ce que couvre votre assurance dans ce scénario.

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Questions fréquentes

Questions fréquentes sur le consentement du patient âgé

Une personne sous tutelle peut-elle consentir aux soins ?
Oui, si elle est apte à exprimer sa volonté. L’article L.1111-4 CSP impose d’obtenir son consentement, « au besoin avec l’assistance de la personne chargée de sa protection ». L’article 459 du code civil ajoute qu’elle « prend seule les décisions relatives à sa personne dans la mesure où son état le permet ». La mesure de protection ne retire donc pas d’office ce droit.
La personne de confiance décide-t-elle à la place du patient ?
Non. Elle « rend compte de la volonté de la personne » et « son témoignage prévaut sur tout autre témoignage » (art. L.1111-6 CSP). C’est un témoin privilégié, pas un décideur. Lui faire « signer » un consentement est un contresens juridique.
Les directives anticipées s’imposent-elles vraiment au médecin ?
Oui, depuis la loi du 2 février 2016. Deux exceptions : l’urgence vitale, le temps d’évaluer la situation ; et des directives manifestement inappropriées, dont le refus passe par une procédure collégiale (art. R.4127-37-1 CSP), inscrite au dossier et portée à la connaissance des proches.
Les directives anticipées ont-elles une durée de validité ?
Non. La limite de trois ans a été supprimée par la loi du 2 février 2016. Elles sont valables sans limitation de durée, révisables et révocables à tout moment et par tout moyen.
Que faire si le patient est hors d’état de s’exprimer et n’a désigné personne ?
L’article L.1111-4 CSP impose de consulter, avant toute intervention, « la personne de confiance […], ou la famille, ou à défaut, un de ses proches », sauf urgence ou impossibilité. Pour limiter ou arrêter un traitement susceptible d’entraîner le décès, la procédure collégiale de l’article L.1110-5-1 CSP est en outre obligatoire.
Un proche peut-il consentir à la place d’un patient âgé ?
Non, sauf s’il est le protecteur désigné et que le juge lui a confié une représentation relative à la personne couvrant l’acte. Un fils, une fille ou un conjoint n’ont, à ce seul titre, aucun pouvoir de consentir aux soins d’un majeur. Ils sont consultés ; ils ne décident pas.
Le refus de soins d’un patient âgé m’expose-t-il ?
Vous devez respecter sa volonté après l’avoir informé des conséquences et de leur gravité (art. L.1111-4 CSP). Si le refus met sa vie en danger, il doit le réitérer dans un délai raisonnable, et toute la procédure est inscrite au dossier. Le suivi continue, notamment palliatif. C’est la trace de cette séquence qui vous protège.

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