Un statut à régime propre

Médecin coordonnateur d’EHPAD : missions et responsabilité

Depuis le 7 septembre 2025, le coordonnateur peut suivre les résidents qui le souhaitent. Le périmètre de votre responsabilité, et de votre contrat, a bougé.

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Le statut

Une fonction obligatoire, un statut variable

Tout EHPAD doit avoir un médecin coordonnateur. Votre lien avec l’établissement, salariat ou vacation libérale, décide de qui vous assure.

L’article D.312-155-0 CASF impose à tout EHPAD de disposer « d’au moins un médecin coordonnateur ». Sa qualification relève de l’article D.312-157, auquel le décret du 4 septembre 2025 a ajouté le diplôme interuniversitaire national de médecine de la personne âgée.

Son contrat, écrit, relève de l’article D.312-159-1 : il précise le temps d’activité et l’organisation de sa présence.

Salarié ou vacataire : ce n’est pas le même assureur.

Salarié de l’EHPAD, vous êtes couvert par la police de l’établissement « dans la limite de la mission qui vous a été impartie » (art. L.1142-2 CSP) : votre fiche de mission doit être précise et à jour.

Vacataire libéral, vous relevez de l’obligation personnelle d’assurance, et la coordination doit être nommément déclarée à votre contrat. Une RCP « médecin spécialiste » sans autre précision laisse une zone discutable.

Capacité autorisée de l’établissementTemps de coordination minimal
Moins de 44 places0,40 ETP
De 45 à 59 places0,40 ETP
De 60 à 99 places0,60 ETP
De 100 à 199 places0,80 ETP
200 places et plus1 ETP

Art. D.312-156 CASF. Le seuil de 200 places, en deçà duquel un seul médecin coordonnateur occupe la fonction, date du décret n° 2024-779 du 9 juillet 2024. Le seuil de 0,25 ETP encore souvent cité remonte au décret de 2007 : il est périmé.

Obligation de la fonction
Art. D.312-155-0 CASF
Temps de coordination
Art. D.312-156 CASF : 0,40 à 1 ETP selon la capacité
Qualification
Art. D.312-157 CASF : DIU national de médecine de la personne âgée ajouté en 2025
Missions
Art. D.312-158 CASF : 13 missions au I
Contrat
Art. D.312-159-1 CASF : écrit, temps d’activité et organisation de la présence
Incompatibilité
Le coordonnateur ne peut pas exercer les fonctions de directeur de l’établissement

Les missions

Les treize missions du médecin coordonnateur

Elles sont limitativement énumérées au I de l’article D.312-158 CASF. Elles dessinent une fonction d’organisation et d’expertise gériatrique, plus que de soins.

  1. 1
    Projet de soins et prévention

    Élabore, avec l’équipe soignante, le projet général de soins et un programme de prévention, et coordonne leur mise en œuvre.

  2. 2
    Avis sur les admissions

    Donne un avis sur l’admission d’un candidat, au regard de la compatibilité de son état de santé avec les capacités de soins de l’établissement.

  3. 3
    Commission de coordination gériatrique

    La préside, au moins une fois par an, pour organiser l’intervention des professionnels de santé dans l’établissement.

  4. 4
    Évaluation de la dépendance et des soins

    Évalue et valide l’état de dépendance des résidents (GMP) et leurs besoins en soins requis (PMP).

  5. 5
    Bonnes pratiques gériatriques

    Veille à leur application, y compris en situation de crise sanitaire, et en informe les professionnels intervenant dans l’établissement.

  6. 6
    Évaluation gériatrique

    Coordonne l’évaluation gériatrique à l’entrée du résident, puis en tant que de besoin.

  7. 7
    Adaptation des prescriptions

    Contribue à l’adaptation aux impératifs gériatriques des prescriptions de médicaments et de produits de santé.

  8. 8
    Formation

    Contribue à la politique de formation et participe à l’information des professionnels de santé du secteur.

  9. 9
    Rapport annuel d’activité médicale

    Coordonne sa rédaction. Depuis 2025, son contenu est fixé par arrêté et il remonte au niveau national, auprès de la CNSA.

  10. 10
    Acteurs du territoire et numérique en santé

    Identifie les acteurs de santé du territoire, favorise la télémédecine et l’usage des services numériques en santé (art. L.1470-1 CSP).

  11. 11
    Risques pour la santé publique

    Identifie les risques éventuels pour la santé publique dans l’établissement et veille à leur prévention.

  12. 12
    Prescriptions et suivi médical

    Prescrit en urgence, en cas de risque vital ou de risques exceptionnels. Depuis 2025, il « peut assurer le suivi médical des résidents qui le souhaitent, et réaliser pour ceux-ci des prescriptions médicales ».

  13. 13
    Mesures du contrat de séjour

    Élabore les mesures particulières de prise en charge, annexées au contrat de séjour.

Ce que le décret de 2025 a ajouté et retiré

Le décret n° 2025-897 du 4 septembre 2025 a réécrit l’article D.312-158. Il a abrogé la mission d’élaboration du dossier type de soins, ajouté le programme de prévention et renuméroté les missions suivantes.

Il a créé un II : faute de temps de coordination suffisant, les missions peuvent être exercées « de façon dématérialisée », pour une durée limitée et après information de l’ARS. C’est la télécoordination, dont un arrêté fixe les conditions.

Il a enfin créé l’infirmier coordonnateur (art. D.312-158-1 CASF), qui concourt à sept des missions du médecin coordonnateur.

Coordination ou soins

La frontière entre coordination et prescription

C’est elle qui décide de votre exposition. Nette jusqu’en septembre 2025, elle doit désormais être tracée par votre contrat.

Journal officiel du 6 septembre 2025

Décret n° 2025-897 du 4 septembre 2025, art. 1er

« Le dernier alinéa du 13°, devenu le 12°, est complété par une phrase ainsi rédigée : “Le médecin coordonnateur peut assurer le suivi médical des résidents qui le souhaitent, et réaliser pour ceux-ci des prescriptions médicales.” »

Le même décret ajoute un 5° à l’article D.312-159-1 : le contrat mentionne « le cas échéant, le temps de présence consacré au suivi médical des résidents tel que prévu par le V de l’article L. 313-12, ainsi que le nombre de résidents pour lesquels il exerce ce suivi ».

Le contrat de coordination est devenu une pièce d’assurance.

Conséquence peu commentée du décret : votre contrat doit chiffrer le temps de suivi médical et le nombre de résidents suivis. Il devient la pièce qui calibre votre garantie, et celle qui dira, en cas de sinistre, si l’acte relevait de la coordination ou du soin. Transmettez-le à votre assureur et faites déclarer les deux volets.

SituationCe que vous faitesLe régime applicable
Coordination pureAvis sur admission, GMP/PMP, projet de soins, commission gériatriqueMission de coordination : pas de relation de soins directe avec le résident
Urgence ou risque vitalVous prescrivez, le médecin traitant en est informé12° de l’art. D.312-158 CASF : prescription autorisée par exception
Risques exceptionnels ou collectifsVous prescrivez dans une organisation adaptée des soins (épidémie, vaccination)12° de l’art. D.312-158 CASF
Médecin traitant indisponibleVous prescrivez pour assurer la continuitéPrévu par le 12° : informez le médecin traitant
Suivi médical d’un résident consentantVous devenez son médecin de suivi et prescrivez pour luiNouveau depuis le décret n° 2025-897 : relation de soins de plein exercice

Les deux dernières lignes engagent une responsabilité de soins, pas seulement de coordination.

Coordination déclarée

L’activité de médecin coordonnateur doit figurer nommément à votre contrat et, depuis 2025, le suivi médical des résidents avec elle.

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Qui répond de quoi

Qui répond de quoi entre l’établissement, le traitant et le coordonnateur ?

C’est la question la plus posée et la moins documentée. Voici ce que les textes disent, et ce qu’ils ne disent pas.

Le scénario qui concentre le risque

Le médecin traitant d’un résident est peu disponible. Le coordonnateur intervient de plus en plus « pour dépanner », sans que ce suivi figure à son contrat. Survient un accident iatrogène.

L’acte relevait-il de la prescription d’urgence du 12°, d’un suivi formalisé, ou d’une pratique de fait sans base contractuelle ? Dans le dernier cas, la garantie se discute. C’est ce que le 5° de l’article D.312-159-1 vise à empêcher.

Ce qu’aucun texte n’établit

La répartition souvent présentée (l’établissement répond de l’organisation, le médecin traitant des soins, le coordonnateur de la seule coordination) ne repose sur aucun texte ni arrêt de principe identifié en source primaire.

C’est une lecture de doctrine, largement partagée, sans valeur de règle de droit. Mieux vaut le dire que vendre une certitude qui n’existe pas. Voici les fondements de responsabilité qui, eux, sont établis.

Trois conséquences se déduisent de ces fondements. Un. Une mission que le texte vous confie et que vous n’exercez pas (avis sur l’admission, validation du GMP, vigilance sur les prescriptions) est une carence qui vous est propre.

Deux. Un acte accompli hors de vos missions et de votre contrat n’est couvert par personne : ni par l’établissement, limité à la mission impartie, ni par une RCP qui ne l’a pas déclaré.

Trois. Depuis 2025, suivre ou non un résident est une question de contrat, plus de fait : le vôtre doit le chiffrer.

Votre couverture

Ce que votre assurance doit couvrir

✓ À faire figurer noir sur blanc

  • ✓L’activité de médecin coordonnateur en EHPAD, nommément désignée
  • ✓Le nombre d’établissements dans lesquels vous intervenez
  • ✓Le suivi médical de résidents, s’il est prévu à votre contrat de coordination
  • ✓Les prescriptions réalisées au titre du 12° de l’art. D.312-158 CASF
  • ✓La défense pénale et la représentation devant la chambre disciplinaire
  • ✓La garantie subséquente : 5 ans après résiliation, 10 ans après cessation ou décès

✕ Ce qui reste hors garantie

  • ✕Les activités non déclarées au contrat d’assurance
  • ✕Les fonctions de direction de l’établissement, incompatibles avec la coordination
  • ✕L’activité salariée, couverte par l’employeur dans la limite de la mission impartie
  • ✕Les faits dommageables déjà connus au jour de la souscription
  • ✕Les amendes et sanctions pénales, jamais assurables
  1. 1
    Relisez votre contrat de coordination

    Depuis 2025, il doit mentionner le temps de suivi médical et le nombre de résidents suivis (art. D.312-159-1, 5° CASF). Sinon, demandez son actualisation.

  2. 2
    Transmettez-le à votre assureur

    C’est la pièce qui mesure votre exposition réelle. Un contrat de coordination à jour vaut mieux qu’une déclaration approximative.

  3. 3
    Déclarez chaque établissement

    Plusieurs EHPAD, ce sont plusieurs expositions. Le nombre d’établissements et leur capacité entrent dans le tarif.

  4. 4
    Vérifiez la garantie défense

    Elle se déclenche en premier : plainte d’une famille, signalement contesté, contrôle de l’ARS. Regardez son montant et le libre choix de l’avocat.

  5. 5
    Réexaminez à chaque changement de mission

    Un nouveau résident suivi, un établissement de plus, un passage en télécoordination : chaque évolution modifie le risque déclaré.

Questions fréquentes

Questions fréquentes sur le médecin coordonnateur d’EHPAD

Le médecin coordonnateur peut-il prescrire ?
Oui, dans les cas du 12° de l’article D.312-158 CASF : urgence, risque vital, risques exceptionnels ou collectifs, médecin traitant indisponible. Depuis le décret n° 2025-897 du 4 septembre 2025, il peut aussi suivre les résidents qui le souhaitent et prescrire pour eux.
Le coordonnateur est-il le médecin traitant des résidents ?
Non par défaut : le résident garde le libre choix de son praticien (art. L.1110-8 CSP, art. L.311-4 CASF). Depuis septembre 2025, le coordonnateur peut toutefois suivre les résidents qui le demandent, ce qui doit être formalisé au contrat de coordination.
Quel est le temps de présence minimal d’un médecin coordonnateur ?
Selon l’article D.312-156 CASF : 0,40 ETP jusqu’à 59 places, 0,60 ETP de 60 à 99 places, 0,80 ETP de 100 à 199 places et 1 ETP à partir de 200 places. Le seuil de 0,25 ETP encore cité date du décret de 2007 et n’est plus en vigueur.
Combien de missions le texte confie-t-il au coordonnateur ?
Treize, énumérées au I de l’article D.312-158 CASF dans sa version en vigueur depuis le 7 septembre 2025. Le décret n° 2025-897 a abrogé le dossier type de soins, ajouté le programme de prévention et renuméroté les missions suivantes.
Qu’est-ce que la télécoordination ?
Une possibilité créée par le décret du 4 septembre 2025 (II de l’art. D.312-158 CASF). Si l’établissement ne peut disposer du temps de coordination prévu, un coordonnateur peut exercer à distance, pour une durée limitée, dans des conditions fixées par arrêté et après information de l’ARS.
Mon assurance de salarié couvre-t-elle mon activité de coordination ?
Salarié de l’EHPAD, vous êtes couvert par l’établissement « dans la limite de la mission qui vous a été impartie » (art. L.1142-2 CSP) : votre fiche de mission doit être précise. En vacation libérale, vous relevez de l’obligation personnelle d’assurance et devez déclarer la coordination à votre contrat.
Qui est responsable en cas de dommage subi par un résident ?
Cela dépend de l’acte et de qui l’a accompli. Les textes fixent les obligations de chacun (assurance de l’établissement, obligation de moyens du traitant, missions du coordonnateur), mais aucun texte ni arrêt de principe identifié ne fixe de répartition générale. En pratique, le périmètre écrit de votre mission et de votre contrat décide de votre exposition.

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