Responsabilité civile professionnelle

RCP gériatre : obligation et mise en cause

La responsabilité civile professionnelle est obligatoire pour tout professionnel de santé exerçant à titre libéral. En gériatrie, elle ne couvre presque jamais un geste : elle couvre une décision — avoir recherché un consentement, avoir arbitré une contention, avoir révisé une ordonnance, avoir engagé une procédure collégiale.

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RCP gériatre
8 M€ minimum
Obligatoire en libéral
l’obligation d’assurance
L.1142-2 CSP
par sinistre / par année
8 / 15 M€
d’amende en cas de défaut
45 000 €

La RCP du gériatre est obligatoire en exercice libéral

Depuis la loi du 4 mars 2002, aucun professionnel de santé libéral ne peut exercer sans assurance de responsabilité civile professionnelle. La gériatrie ne fait pas exception — mais la règle se lit différemment selon votre statut.

Réponse directe

Oui en libéral, non si vous êtes exclusivement salarié

L’article L.1142-2 du code de la santé publique impose l’assurance aux professionnels de santé exerçant à titre libéral. Le même article précise que l’assurance des établissements « couvre leurs salariés agissant dans la limite de la mission qui leur a été impartie ». Un gériatre exclusivement salarié — hôpital, clinique, EHPAD — est donc couvert par la police de son employeur. Dès qu’il exerce une part libérale, si modeste soit-elle, ou qu’il agit hors du périmètre de sa mission salariée, il lui faut son propre contrat.

Code de la santé publique

Article L.1142-2 — l’obligation d’assurance

« Les professionnels de santé exerçant à titre libéral, les établissements de santé, services de santé et organismes mentionnés à l’article L. 1142-1 […] sont tenus de souscrire une assurance destinée à les garantir pour leur responsabilité civile ou administrative susceptible d’être engagée en raison de dommages subis par des tiers et résultant d’atteintes à la personne, survenant dans le cadre de l’ensemble de cette activité. »

Texte fondateur
Art. L.1142-2 CSP (loi du 4 mars 2002)
Plafonds minimaux
8 M€ par sinistre et 15 M€ par année d’assurance (art. R.1142-4 CSP)
Sanction du défaut
45 000 € d’amende, interdiction d’exercer en peine complémentaire (art. L.1142-25 CSP)
Nature de l’obligation
Obligation de moyens, pas de résultat
Prescription de l’action
10 ans à compter de la consolidation du dommage (art. L.1142-28 CSP)
Le point que les contrats règlent mal

Un gériatre cumule souvent plusieurs casquettes : praticien hospitalier, coordonnateur d’EHPAD sous contrat libéral, consultant mémoire, expert. Chaque volet doit être déclaré nommément au contrat. Un contrat qui mentionne « médecin spécialiste » sans détailler l’activité de coordination laisse une zone grise que l’assureur pourra discuter au moment du sinistre.

Les montants de garantie fixés par la loi

Les plafonds ne se négocient pas vers le bas : ce sont des minima réglementaires. Ils constituent le premier point de contrôle d’un contrat, avant même le tarif.

Code de la santé publique

Article R.1142-4 — les plafonds minimaux

« Les plafonds mentionnés à l’article L. 1142-2 ne peuvent être inférieurs à 8 millions d’euros par sinistre et à 15 millions d’euros par année d’assurance. » Ces montants sont issus du décret n° 2011-2030 du 29 décembre 2011, en vigueur depuis le 1er janvier 2012 — ils ont remplacé les précédents plafonds de 3 M€ et 10 M€.

Ligne du contratLe minimum légalCe qu’il faut vérifier
Plafond par sinistre8 000 000 €Aucun contrat conforme ne peut proposer moins
Plafond par année d’assurance15 000 000 €Vérifiez que la reconstitution du plafond est prévue
Garantie subséquente (résiliation)5 ans minimumArt. L.251-2 c. assur. — le contrat peut faire mieux
Garantie subséquente (cessation, décès)10 ans minimumNe couvre pas les réclamations après une reprise d’activité
Défense pénale et disciplinaireNon imposée par la loiC’est la garantie qui se déclenche le plus souvent en gériatrie

Les plafonds sont des planchers réglementaires : un contrat peut proposer davantage, jamais moins.

Base réclamation : pourquoi c’est décisif en gériatrie

La RCP médicale est déclenchée par la réclamation, pas par le fait dommageable. C’est le contrat en vigueur au jour où la famille ou le patient vous met en cause qui doit jouer, même si l’acte reproché date de plusieurs années. Or l’article L.1142-28 CSP ouvre l’action pendant dix ans à compter de la consolidation du dommage — et en gériatrie, la consolidation intervient souvent tard, parfois après le décès du patient, lorsque les proches reprennent le dossier. Une rupture de couverture entre deux contrats crée un trou de garantie qui ne se rattrape pas.

Code des assurances

Article L.251-2 — la garantie subséquente

Le corollaire de la base réclamation est la garantie subséquente : le contrat continue de couvrir les réclamations formulées après sa résiliation, pour des faits survenus pendant qu’il était en vigueur. L’article L.251-2 du code des assurances fixe sa durée minimale à cinq ans. La durée de dix ans ne s’applique qu’au dernier contrat conclu avant la cessation d’activité ou le décès — et cette extension tombe si l’activité reprend. Ne confondez pas cette garantie contractuelle avec la prescription décennale de l’article L.1142-28 CSP, qui court, elle, depuis la consolidation du dommage : ce sont deux horloges distinctes, et c’est leur écart qui crée les trous de couverture.

Sur quoi un gériatre est-il réellement mis en cause ?

La gériatrie n’est pas une spécialité de geste. Les reproches portent sur l’organisation d’une prise en charge, sur une décision et sur ce qui a été — ou non — écrit au dossier.

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    La chute

    Le grief type : absence d’évaluation du risque de chute à l’entrée, surveillance jugée inadaptée, environnement non sécurisé. La défense repose sur l’évaluation tracée et sur les mesures de prévention effectivement mises en œuvre.

  2. 2
    La contention

    Le grief inverse : une contention posée pour éviter la chute, mais sans décision médicale écrite, sans alternative recherchée, sans réévaluation. Faute de traçabilité, la mesure est indéfendable a posteriori.

  3. 3
    L’iatrogénie

    Interaction médicamenteuse, prescription inappropriée pour l’âge, cascade médicamenteuse non repérée. C’est le risque de volume : l’étude IATROSTAT (ANSM, 2022) mesure 8,5 % d’hospitalisations en court séjour liées à un effet indésirable médicamenteux, dont 16,1 % évitables.

  4. 4
    Le consentement

    Un acte pratiqué sans que la recherche du consentement du patient, ni la consultation de la personne de confiance, n’apparaissent au dossier. L’absence de trace vaut, en expertise, présomption d’absence de démarche.

  5. 5
    La fin de vie

    Une limitation ou un arrêt de traitement contesté par un proche, faute de procédure collégiale documentée (art. R.4127-37-2 CSP) et de directives anticipées recherchées.

  6. 6
    Le signalement

    Un signalement de maltraitance contesté comme violation du secret médical — alors que l’article 226-14 du code pénal le permet et protège son auteur de bonne foi.

Ce qui distingue la gériatrie

Dans la plupart des spécialités, l’expertise reconstitue un geste. En gériatrie, elle reconstitue un raisonnement : que saviez-vous ce jour-là, qu’avez-vous évalué, quelles alternatives avez-vous examinées, qui avez-vous consulté ? Le dossier n’est pas une formalité administrative — c’est la pièce à conviction de votre défense. Une décision parfaitement fondée mais non écrite se défend mal ; une décision discutable mais tracée, motivée et réévaluée se défend souvent bien.

Obligation de moyens, pas de résultat

Le médecin n’est pas tenu de guérir : il est tenu de mettre en œuvre des moyens conformes aux données acquises de la science. Une chute, une décompensation ou un décès ne sont pas en eux-mêmes fautifs. La responsabilité suppose la démonstration d’une faute, d’un dommage et d’un lien de causalité entre les deux. C’est précisément pourquoi la garantie défense compte autant que la garantie indemnisation : le plus fréquent n’est pas de payer, c’est d’avoir à se justifier.

Quand l’indemnisation ne passe pas par votre assureur

Tout dommage n’est pas une faute. Le dispositif de 2002 permet l’indemnisation de l’aléa thérapeutique par la solidarité nationale, à condition d’atteindre un seuil de gravité.

Lorsqu’un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale n’est imputable à aucune faute, l’indemnisation peut être prise en charge par l’ONIAM au titre de la solidarité nationale. Encore faut-il franchir le seuil de gravité fixé par l’article D.1142-1 du code de la santé publique — un seuil régulièrement mal cité.

Code de la santé publique

Article D.1142-1 — le seuil de gravité

Le taux d’atteinte permanente à l’intégrité physique ou psychique mentionné au dernier alinéa de l’article L.1142-1 est fixé à 24 % — l’accès est ouvert au-delà de ce taux. Présente également le caractère de gravité requis un accident ayant entraîné, « pendant une durée au moins égale à six mois consécutifs ou à six mois non consécutifs sur une période de douze mois, un arrêt temporaire des activités professionnelles ou des gênes temporaires constitutives d’un déficit fonctionnel temporaire supérieur ou égal à un taux de 50 % ». À titre exceptionnel s’y ajoutent l’inaptitude définitive à exercer son activité professionnelle antérieure et les troubles particulièrement graves dans les conditions d’existence, y compris d’ordre économique.

Le seuil de 50 % est presque toujours oublié

On lit souvent « 25 % d’AIPP » (le texte dit 24 %) et l’on omet la seconde branche du seuil — le déficit fonctionnel temporaire d’au moins 50 % pendant six mois. Chez un patient âgé, c’est pourtant souvent cette seconde branche qui ouvre l’accès à l’ONIAM, la première étant difficile à atteindre sur un état antérieur déjà dégradé.

Les cinq lignes à vérifier avant de signer

Ce qu’un bon contrat couvre
  • Les dommages corporels causés au patient dans le cadre des activités déclarées
  • La défense pénale et la représentation devant la chambre disciplinaire
  • Les frais d’expertise et de procédure
  • L’activité de coordination en EHPAD, si elle est nommément déclarée
  • La garantie subséquente : 5 ans après résiliation, 10 ans après cessation ou décès
  • Les remplacements, la télémédecine et l’expertise, lorsqu’ils sont mentionnés
Ce qui reste hors garantie
  • Les faits dommageables déjà connus de l’assuré au jour de la souscription
  • Les activités non déclarées au contrat
  • Les amendes et sanctions pénales, qui ne sont jamais assurables
  • Les dommages intentionnels
  • L’activité salariée, couverte par l’employeur dans la limite de la mission impartie
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    Les plafonds

    8 M€ par sinistre et 15 M€ par année d’assurance au minimum. En dessous, le contrat n’est pas conforme.

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    Les activités déclarées

    Coordination en EHPAD, suivi médical de résidents, consultation mémoire, expertise, télémédecine : ce qui n’est pas écrit n’est pas garanti.

  3. 3
    La garantie subséquente

    Vérifiez sa durée et surtout son plafond : il ne doit pas être inférieur à celui de votre dernière année d’exercice.

  4. 4
    La défense pénale et ordinale

    C’est la garantie la plus sollicitée. Regardez le montant alloué et la liberté de choix de l’avocat.

  5. 5
    La déclaration de circonstances

    Un contrat en base réclamation ne couvre pas un fait dommageable déjà connu. Signalez tout événement susceptible d’entraîner une réclamation avant de changer d’assureur.

Questions fréquentes

Questions fréquentes sur la RCP du gériatre

La RCP est-elle obligatoire pour un gériatre ?
Oui pour l’exercice libéral, en application de l’article L.1142-2 du code de la santé publique. Le défaut d’assurance est puni de 45 000 € d’amende, avec une interdiction d’exercer possible à titre de peine complémentaire (art. L.1142-25 CSP) ; cette interdiction est portée à la connaissance du directeur général de l’ARS, qui en informe les organismes d’assurance maladie. Un gériatre exclusivement salarié est couvert par l’assurance de son employeur, mais seulement dans la limite de la mission qui lui a été impartie.
Quel montant de garantie dois-je avoir ?
Au minimum 8 millions d’euros par sinistre et 15 millions d’euros par année d’assurance, en application de l’article R.1142-4 du code de la santé publique issu du décret du 29 décembre 2011.
Une chute de mon patient engage-t-elle ma responsabilité ?
Pas en soi. Il faut démontrer une faute : une évaluation du risque de chute absente ou insuffisante au regard des éléments connus, une surveillance inadaptée, un environnement non sécurisé. Le médecin est tenu d’une obligation de moyens, pas de résultat — mais l’évaluation doit figurer au dossier pour pouvoir être opposée.
Mon activité de médecin coordonnateur d’EHPAD est-elle couverte par ma RCP ?
Seulement si elle est déclarée au contrat. La coordination est une activité à régime propre (art. D.312-158 CASF), élargie depuis le décret du 4 septembre 2025 au suivi médical des résidents qui le souhaitent. Une RCP libellée « médecin spécialiste » sans mention de la coordination laisse une zone que l’assureur pourra discuter.
Je suis praticien hospitalier avec une activité libérale : dois-je m’assurer ?
Oui pour la part libérale. L’assurance de l’établissement couvre votre activité salariée dans la limite de la mission impartie ; elle ne couvre pas votre exercice libéral, qui exige votre propre contrat, avec les deux volets déclarés.
Pendant combien de temps peut-on me mettre en cause ?
Dix ans à compter de la consolidation du dommage (art. L.1142-28 CSP) — un délai qui n’est pas soumis au délai butoir de l’article 2232 du code civil. C’est pourquoi la garantie subséquente est déterminante : elle doit couvrir les réclamations formulées après la fin de votre contrat.
Que se passe-t-il si je pars à la retraite ?
Votre dernier contrat continue de vous garantir pendant au moins 10 ans pour les réclamations portant sur des actes antérieurs (art. L.251-2 du code des assurances). Vérifiez que le plafond de cette garantie subséquente n’est pas inférieur à celui de votre dernière année d’exercice, et notez qu’elle ne couvre pas les réclamations postérieures à une éventuelle reprise d’activité.
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